Les débats au Parlement sur l'article 10 et les DIS
Mme la présidente. Je suis saisie de deux amendements, nos
1035 et 355, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Catherine Génisson, pour soutenir l’amendement n° 1035.
Mme Catherine Génisson. Cet amendement repose sur la même démarche que celle
qui a présidé à la validation des acquis de l’expérience.
Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement
n° 355.
M. Jean-Marie Rolland, rapporteur. Cet amendement a été adopté par la
commission en dépit des réserves que j’avais formulées.
Il me semblait en effet qu’en validant, au profit de médecins et de pharmaciens
étrangers souhaitant exercer en France, le diplôme inter universitaire de
spécialisation accordé dans le cadre d’accords de coopération, on encouragerait
la fuite des cerveaux tout en créant une forme d’inégalité devant l’accès à la
médecine.
Seules 150 à 200 personnes étant concernées, il m’a paru que la mesure
d’équilibre consisterait à leur demander simplement de passer un examen. La
commission a souhaité au contraire, par cet amendement, que les personnes ayant
obtenu un diplôme inter universitaire de spécialisation, totalisant trois ans
de fonction au-delà de leur formation et justifiant de fonctions médicales
rémunérées au cours des deux années précédant la publication de la présente
loi, soient « réputées avoir satisfait à ces épreuves ».
Mme la présidente. Quel est l’avis du Gouvernement ?
Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé. Défavorable.
Ces amendements visent à exempter des épreuves de vérification des
connaissances les médecins et pharmaciens titulaires d’un diplôme
interuniversitaire de spécialisation qui sont candidats à l’exercice de la
médecine ou de la pharmacie dans notre pays, du fait qu’il peut paraître
inutile de vérifier les connaissances de praticiens étrangers déjà titulaires
d’un diplôme français de spécialisation. Toutefois, ces diplômes ont été
délivrés dans le cadre de coopérations bilatérales en matière de formation
médicale : ils ne peuvent, de ce fait, être substitués aux épreuves de
vérification des connaissances.
Le dispositif actuel d’autorisation d’exercice est le fruit d’une concertation
qui a été menée tout au long de l’année 2006 avec l’ensemble des acteurs
concernés. Sa pierre angulaire est la vérification des connaissances théoriques
et pratiques, laquelle est garante de la qualité des soins dispensés. Tout
médecin étranger non titulaire d’un diplôme de médecine français ou d’un pays
membre de l’Union européenne doit se soumettre à ces épreuves pour être
autorisé à exercer.
J’ajoute que les praticiens installés en France depuis longtemps peuvent ainsi
passer un simple examen au lieu d’un concours, les titulaires de DIS étant
nombreux parmi les lauréats de ces épreuves.
Enfin, dans le cadre du présent projet de loi, j’ai proposé de porter à trois
le nombre de tentatives dont cet examen peut faire l’objet, afin d’augmenter
les chances de réussite des candidats, ce qui bénéficiera aux titulaires de
DIS.
Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Génisson.
Mme Catherine Génisson. Madame la ministre, vos arguments sont imparables, en
dehors du fait, toutefois, qu’ils ignorent l’hypocrisie de la situation à
laquelle sont confrontés ces médecins, qui exercent leurs fonctions depuis déjà
des mois et des mois lorsque, subitement, on leur demande de passer un examen
pour qu’ils puissent continuer de le faire.
Vous auriez raison, madame la ministre, si on leur demandait de passer cet
examen avant de les embaucher : mais c’est le contraire qui se produit parce
que, sinon, l’hôpital public ne pourrait pas assurer la permanence des soins
dans certains de ses services.
M. Yves Bur. C’est vrai.
Mme Catherine Génisson. Ces deux amendements reposent sur ce constat.
Il s’agit, pour les médecins concernés, d’une situation très difficile à vivre.
Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Domergue.
M. Jacques Domergue. Madame Génisson, nul n’ignore que le personnel médical
concerné comprend des praticiens de niveaux différents.
Mme Catherine Génisson. Je l’ai dit.
M. Jacques Domergue. Il est donc indispensable qu’on puisse s’assurer de leur
niveau de qualification et de compétences. Vous savez comme moi qu’un diplôme
inter universitaire ne vaut pas qualification et qu’un grand nombre de
praticiens passent des diplômes inter universitaires à foison pour compenser
leur manque de qualification dans leur propre spécialité.
De plus, c’est la multiplication des plateaux techniques et des postes de
permanence des soins qui a provoqué l’apparition de ces situations. Il faut
espérer que la réorganisation, prévue à l’article 12, du paysage hospitalier
français dans le cadre, notamment, des communautés hospitalières de territoire,
permettra de mieux organiser l’offre de soins et d’en assurer la qualité.
(L’amendement n° 1035 n’est pas adopté.)
(L’amendement n° 355 n’est pas adopté.)
(L’article 10, amendé, est adopté.)
